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Eloge de la routine!

La routine est une habitude mécanique, ses synonymes sont nombreux : manie, poncif, rituel, tradition, train-train, ronron (bruit du chat qui manifeste son contentement, son plaisir) etc.


Au risque de paraître rabat-joie, je prône haut et fort l’éloge de la routine et en particulier du ronron conjugal ! Nous sommes, depuis l’origine de nos vies, des êtres routiniers, c’est une condition presque vitale pour notre évolution et notre sécurité affective.

Un nourrisson a besoin d’attachement sécure pour bien se développer, un enfant a besoin de rituels pour être rassuré, un ado peut prendre une juste distance s’il a bénéficié d’un cadre, de la même façon un couple ne peut espérer durer s’il n’endure pas la routine du quotidien car c’est la réalité de nos vies !


Chaque jour je m’éveille, je fais un tas de petites choses pour enclencher ma journée et celle de ma famille et pour arriver jusqu’au soir, éteindre la lumière quand le jour lui-même se sera couché, comme chaque jour… Chaque jour (ou presque), mon cher et tendre me dit « au revoir mon amour » avant de partir, j’entends le bruit des clés, du moteur de la voiture, du portail qui s’ouvre, chaque jour le lave linge se remplit (ce qui me rend dingue) et tourne à n’en plus finir, chaque jour j’entends « maman » des dizaines de fois, chaque jour, depuis la nuit des temps, plusieurs fois par jour, les vagues vont et viennent au gré des marées et du vent, chaque jour, le soleil se lève et organise nos vies...chaque jour se jouent des scènes répétées inlassablement qui sont inscrites dans notre quotidien via des sons, des odeurs, des images, des comportements.


Que ferions nous si, un beau matin, le soleil ne se levait pas ? Ne serions-nous pas déboussolés, affolés, paniqués, sidérés ? c’est donc bien que la routine a la vertu de nous rassurer et de réguler nos existences ! Alors pourquoi redouter ce fameux « train-train » ? Que faire pour que la routine du couple ne soit plus une menace sur la relation mais une preuve d’un lien sécure ? Que faire pour qu’elle soit faite de gestes et d’attentions qui élèvent, qui valorisent, qui montrent l’affection, la tendresse, la considération, l’amour, le regret, le pardon et j’en passe.


Le quotidien cimente, il fédère nos relations, il équilibre et rassure, il est universel et unique à la fois, à inventer, à dessiner ensemble. La routine conjugale est un sujet qui passe souvent la porte de nos cabinets, plutôt teintée d’inquiétude, d’ennui, de crainte...car elle est souvent subie, plombante, alors qu’elle pourrait être signe d’un ancrage, d’un attachement à l’autre choisi et d’une merveilleuse opportunité de créativité.


Les couples choisissent souvent le moment pour vivre à 2 comme signe d’une relation stable et pérenne mais c’est aussi bien souvent rapidement au début d'une vie commune que les disputes surviennent. Ce sont ces mêmes gestes qui ennuient et qui tuent la relation mais qui manquent terriblement dès lors que l’autre part, les petits riens du quotidien : un café, un geste, un mot, une attitude, un parfum…


Les couples témoignent parfois que la relation s’apaise uniquement quand ils sont en vacances, quand ils s’extraient de leur environnement du quotidien : que se passe t il donc en vacances ? : ils sont ensemble, détendus, loin des contraintes professionnelles et sociales, du rythme effréné ; ce n’est donc pas l’autre le problème mais le reste qui bouffe l’espace du couple et qui fait de la routine un tue l’amour !


C’est donc une excellente nouvelle, nous pouvons faire du quotidien un train-train délicieux, une routine assumée, d’où il est possible de s’extraire, en toute liberté, seul ou à 2, pour alimenter ce ronron afin qu’il ne tue pas la relation à petit feu mais qu’il l’anime et qu’il ravive le désir d’être ensemble.


Alors oui, je fais l’éloge de la routine amoureuse, je rêve que chacun puisse apprécier se lever à coté de celui ou celle qu’il a choisi, malgré les petites choses du quotidien qui deviennent parfois insupportables, et que perdure non pas la passion et la fougue à tout prix mais la tendresse, l’amour, le désir.


Finalement le banal, l’habituel, n’est il agréable, un luxe presque à savourer ? Alors regardez celui ou celle qui est à vos côtés depuis 1, 3, 10, 25, 50 ans peut être, décidez de reprendre les rituels perdus, agrémentez vos vies de nouvelles habitudes: préparez lui son thé, laissez lui un petit mot ou un baiser en partant, appelez la en rentrant du bureau, faites de la routine un ciment pour votre relation et non une menace.


Halte à la quête de l’extraordinaire, de l’insolite, du scandale, de l’événementiel qui scande nos vies et les fatiguent, revenons à l’ordinaire, à l’habituel, au routinier, à l’évidence !


Et si vous n’y arrivez pas, que le train-train est plutôt une menace pour la survie de votre relation, ne restez pas seul, des professionnels sont là pour vous accompagner.


« On pourrait faire tout, tout ce qu’on a envie de faire ! » cette réplique du film « Un jour sans fin » illustre bien l’idée que la routine peut être positive et permettrait d’expérimenter une liberté, une opportunité de créativité illimitée dans le quotidien!


J’ai découvert en préparant cet article un recueil intitulé L’infra-ordinaire de Georges Perec, je suis restée presque sidérée en lisant ces mots qui traduisaient exactement en quelque sorte mon propos, sans les penser dans une dynamique conjugale mais qui ont résonné fort en moi. Il s’agit pour l’auteur de traduire une recherche non pas d’un « ailleurs extraordinaire » mais de faire un retour sur « notre ici ». Je vous les livre, tels que, à méditer !


« Ce qui se passe vraiment, ce que nous vivons, le reste, tout le reste, où est-il ? Ce qui se passe chaque jour et qui revient chaque jour, le banal, le quotidien, l’évident, le commun, l’ordinaire, le bruit de fond, l’habituel, comment en rendre compte, comment l’interroger, comment le décrire ? […]

Interroger l’habituel. Mais justement, nous sommes habitués, nous ne l’interrogeons pas, il ne nous interroge pas, il semble ne pas faire problème, nous le vivons sans y penser, comme s’il véhiculait ni question ni réponse, comme s’il était porteur d’aucune information, ce n’est plus du conditionnement c’est de l’anesthésie. Nous dormons notre vie d’un sommeil sans rêves. Mais ou est elle notre vie ? Ou est notre corps ? Ou est notre espace ?

Peut-être s’agit-il de fonder enfin notre propre anthropologie : celle qui parlera de nous, qui ira chercher en nous ce que nous avons si longtemps pillé chez les autres. Non plus l’exotique, mais l’endotique. »


Georges Perec








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